Vers de Mirèio
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Henri Maquet
© Bernard Lesaing



L’occitan ou langue d’oc est une langue romane parlée dans tout le tiers sud de la France et dans certaines vallées d’Italie et de Catalogne. Après l’avoir désigné comme « roman » ou « limousin » au Moyen-Âge, à partir du XVe siècle on tend à parler de « gascon », pour la langue parlée à l’ouest du Rhône, et de provençal pour la langue parlée à l’est.

Au XVIIIe siècle, Antoine Fabre d’Olivet utilise le terme « Occitanie » pour désigner l’ensemble des régions où on parle une variété de la langue d’oc tandis que, dans les milieux avertis, le terme de « provençal » en vient à désigner la langue dans son ensemble. Aujourd’hui, on utilise surtout les termes de « provençal » et de « niçois » (ou « niçard », « nissart ») pour désigner les parlers de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’appellation des différentes variétés et leur regroupement fait l’objet de débats entre ceux qui voient plusieurs langues d’oc (provençal, languedocien, gascon, etc.), et ceux pour qui la langue d’oc est plurielle mais une.

Au Moyen-Âge, l’occitan est la langue des troubadours qui chantent l’amour courtois et exaltent des valeurs morales universelles. Cette riche littérature a influencé une partie de l’Europe : Aliénor d’Aquitaine, petite-fille de Guillaume de Poitiers (considéré comme le premier troubadour), introduit la langue à la cour de France, Alfonse II d’Aragon et Richard Cœur de Lion écrivaient des poèmes en langue d’oc, et Dante aurait hésité pour La Divine comédie entre l’italien et l’occitan.

Ainsi, avant le XVIe siècle l’occitan est « langue totale » dans tout le sud de la France : langue des échanges quotidiens, mais également langue de l’écrit des notaires, marchands, de tous ceux qui savent écrire. Le français, langue du roi, s’impose cependant peu à peu, d’abord dans l’écrit administratif et les villes (Arles dès le XIVe siècle, Avignon, sous l’influence des papes, dès le XVe siècle). À la veille de la Révolution, le français est la langue de l’administration et des classes supérieures : parler français est désormais preuve de distinction.

À la Révolution et jusqu’en 1792, le nouveau régime traduit ses grands textes en occitan. Mais cette politique s’arrête avec la Terreur : l’idée est alors que la Nation doit reposer sur une langue unique. Pourtant, c’est en occitan qu’apparaît Marianne, qui deviendra symbole de la République au XIXe siècle, dans une chanson de 1792 : La garisou de Marianne.

Le déploiement du système scolaire et les progrès de la démocratie (le français est la langue du débat public) font que le statut et la pratique de l’occitan régressent même s’il retrouve ses lettres de noblesse littéraire à la fin du XIXe siècle à travers le Félibrige et notamment l’action de Frédéric Mistral, qui reçoit le prix Nobel de littérature en 1904.

Aujourd’hui, même si la transmission familiale a cessé et si les locuteurs ont peu l’occasion de le pratiquer, l’occitan est une langue bien vivante grâce notamment à une importante création littéraire et musicale. On peut aussi l’apprendre, dans les écoles et à l’Université.


Mots

De nombreux mots français ont été empruntés à l’occitan, tels que auberge, badaud, bagarre, cadastre, cadeau, cadenas, caisse, carrière, caserne, chiquenaude, daurade, s’emparer, escalier, escamoter, escargot, flûte, fagot, foulard, fredonner, goinfre, lime, manigance, mascaret, pastel, pignon, radeau, resquiller, rossignol, torpille, tortue, traquenard, velours, vignoble... sans oublier le mot amour
En Provence, la langue régionale est évidemment très présente dans la toponymie : Les Aygalades, les Auffes, la Bouilladisse, les Caillols, la Cabucelle, la Canebière, la Capelette, l’Estaque, Menpenti, les Mourgues, Endoume, la Gineste, les Fabres… sont des quartiers ou voies de Marseille qui portent des noms provençaux.

Enfin, la langue régionale influence aussi directement le français parlé dans la région : marronner, escagasser, tchatcher, péguer, dégun, fada, passer la pièce, estrasse sont des expressions typiquement provençales.

Ce qui me permet d’écrire des chansons
Jérémy Couraut, né à Nice, a créé le groupe Djé Balèti. Leur musique est inspirée de "Nissa la Bella", occitane et méditerranéenne. Ils interprètent un bal occitan teinté par le son africain des années 1970.

Références

  • Joseph d’Arbaud, La Bèstio dóu Vacarés
  • Mas-Felipe Delavouët, Pouèmo
  • Robert Lafont, Tè tu Tè ieu
  • Walter, H. (2012). Les langues d’oc. Dans H. Walter, Aventures et mésaventures des langues de France (pp. 135-154). Paris : Champions.
  • Blanchet, P. (2002). Langues, cultures et identités régionales en Provence. La métaphore de l’aïoli. Paris : L’Harmattan.
  • Gardy, P. (2007, Décembre 1). La littérature occitane contemporaine. Langues et cités, 10, p. 8.
  • Martel, P. (2013). L’occitan. Dans G. Kremnitz (dir.), F. Broudic, & Collectif HSLF, Histoire sociale des langues de France (pp. 511-532). Rennes : Presses universitaires de Rennes.