« Abécédaire démonstratif » (1620, de Angulo, de Astor).



Alphabet signes du XVIe siècle


Les langues des signes sont produites par les mouvements des mains, du visage et du corps. Ce sont des langues naturelles qui ont été essentiellement développées par les personnes atteintes de surdité, afin de communiquer en assurant toutes les fonctions d’une langue vocale.

Il a existé des communautés de sourds signant dès l’Antiquité. Plus généralement, on constate que les langues des signes sont souvent des créations d’enfants sourds nés de familles d’entendants : les enfants communiquent avec des signes qu’ils inventent puis, quand ils rencontrent d’autres sourds leurs signes se mélangent et créent une langue commune.

En France, un début de normalisation de la langue des signes a lieu au XVIIIe siècle, lorsque se mettent en place les premiers cours d’instruction pour les sourds. La figure essentielle en est l’abbé Charles-Michel de l’Épée : en vue de l’enseignement du français à des sourds, il crée une série de signes. Ses élèves, réunis en un même lieu, partagent un vocabulaire commun : une variante « parisienne » de la langue des signes est ainsi créée, qui est l’ancêtre de l’actuelle langue des signes française.

Toutefois, au cours du XIXe siècle, l’éducation des sourds tend à favoriser l’apprentissage de la langue orale au détriment de la langue des signes qui se trouve parfois totalement proscrite. La langue des signes survit néanmoins pour une raison simple : elle est une nécessité pour les personnes sourdes. Il faut attendre les années 1970 pour assister à un « réveil sourd », qui se concrétise notamment par l’utilisation de la langue des signes dans la création théâtrale, y compris à destination des entendants. Il faut encore attendre 2005 pour qu’une loi reconnaisse le statut de la langue des signes française comme « une langue à part entière ».

Une langue des signes est le produit du vocabulaire de la communauté sourde qui l’utilise. Ainsi, du fait de l’interdiction de sa pratique dans les écoles pour sourds au XIXe siècle et, aujourd’hui, de l’éloignement géographique des écoles spécialisées, différents dialectes de la langue des signes ont évolué, dont un dialecte marseillais qui se retrouve dans la région provençale. Concrètement, certains signes sont très différents chez les sourds marseillais par rapport aux sourds parisiens ou d’autres régions.
La langue des signes peut aussi s’adapter au lieu où on l’utilise : par exemple, l’Office du tourisme de Marseille distribue une brochure comprenant des cartes et vignettes permettant de « signer » des lieux, monuments et quartiers de la ville.


Mots

On connait souvent les lettres de l’alphabet en langue des signes. Cependant il n’y a pas que les gestes des mains qui comptent, mais également la direction du regard, les expressions du visage, les mouvements du corps et de la tête. Une langue des signes permet au locuteur de donner à voir par des mises en situation, l’interprétation des différents personnages d’une conversation, etc.

enlever la peur
Fathia, qui est sourde de naissance, a fait des études de graphisme et suivi des cours de théâtre. Elle souhaitait s’enlever la peur de communiquer avec les entendants. Sonia Labben, étudiante en linguistique, interprète ses signes.

Références

  • Cuxac, C., & Millet, A. (2004, novembre 1). Entretien croisé. Langues et cité , p. 2.
  • Garcia, B., & Encrevé, F. (2013). La langue des signes française. Dans G. Kremnitz (dir.), F. Broudic, & Collectif HSLF, Histoire sociale des langues de France (pp. 619-629). Rennes : Presses universitaires de Rennes.