Distribution géographique



Le boumian


90 % des Roms d’Europe parlent le romani : il y aurait 10 millions de locuteurs en Europe et autour de 160 000 en France. C’est une langue indo-européenne de la famille indo-aryenne (comme les langues du nord de l’Inde tel l’hindi ou le pendjabi). Le romani a constamment évolué au gré des déplacements de ses locuteurs en s’enrichissant des langues rencontrées et créant ainsi différents dialectes qui restent intercompréhensibles, même s’il est difficile de parler d’une langue romani unifiée. Ainsi, les Manouches ou Sintés du nord ont emprunté à l’allemand alors que les Sintés du sud, qui ont transité par le Piémont, ont emprunté à l’italien.

Mais le romani n’est pas la seule langue rom et chacune a une histoire différente. Par exemple, les Kalés ou Gitans (les Roms de la péninsule ibérique) parlent le caló, qui associe vocabulaire romani et grammaire espagnole ou catalane.

Les premiers Roms en France sont signalés en Provence, à Sisteron, dès 1419. Il ne reste plus rien aujourd’hui de la langue qu’ils parlaient. Ceux arrivés par la suite parlaient manouche, sinto ou caló mais la politique linguistique française et les lois sur les « nomades » ou « gens du voyage » ont freiné la transmission de la langue. Un argot voyageur subsiste, lié à l’argot français. En Europe de l’Est en revanche, l’identité rom est nettement liée à la pratique du romani.


Mots

Les Roms, Tsiganes, Manouches,…

  • Rom ou Rrom : terme signifiant « homme » adopté par l’Union romani internationale pour désigner tous les Roms-Tsiganes.
  • Manouche : emprunt au tsigane manuch (« homme »), désigne plus spécifiquement les Roms des pays germaniques
  • Tsigane ou Tzigane : de l’allemand Zigeuner, ou du hongrois Czigani qui remonteraient au grec byzantin Atsinganos (« qui ne touche pas »), désigne plus spécifiquement les Roms des pays germaniques
  • Romanichel : du romani rom, romani (« homme, mari ») et tschel (« peuple, tribu »)
  • Bohémien : désigne les habitants de la Bohème puis nom donné aux Tsiganes que l’on supposait originaires de ce pays
  • En provençal, lou Boumian : c’est un personnage des pastorales et un santon de la crèche. On emploie souvent aussi le mot Caraco (« Caraque ») À noter que ces deux mots sont aussi parfois utilisés de manière péjorative
  • Gitan : de l’espagnol gitano qui vient du mot « égyptien » (voir l’anglais gypsy), désigne généralement les Roms de la péninsule ibérique
  • Gens du voyage : il s’agit d’une catégorie administrative créée par la loi française qui impose notamment des carnets de circulation aux personnes itinérantes. Mais tous les Gens du voyage ne sont pas roms et tous les Roms ne sont pas nomades : nombre d’entre eux sont sédentaires depuis longtemps

… et les gadjé
Un gadjo (féminin gadji, pluriel gadjé) est un non-Rom. Dans la région de Marseille, le mot a intégré le parler populaire des jeunes et signifie « garçon » (gadji « fille »).
Dans le même sens, payo (féminin payotte) désigne, à Marseille encore, chez les jeunes et de manière péjorative quelqu’un qui ne fait pas partie du groupe, un « ringard ».

C’est du béton
Sasha Zanco est né « dans le voyage » en 1955 mais il a grandi à Toulon dans les différents camps rroms. Il défend et diffuse la langue et la culture rroms avec son association Tchatchipen.

Références

  • Canut, C. (2011). La langue romani : une fiction historique. Langage et société, 136, p. 55-80.
  • Courthiade, M. (2007, juin). La langue rromani en France et les variétés linguistiques en usage chez les Sintés. Langues et Cité , p. 3.
  • Courthiade, M. (2013). Le rromani et les autres langues en usage parmi les Rroms, les Manouches et les Gitans. Dans G. Kremnitz (dir.), F. Broudic, & collectif HSLF, Histoire sociale des langues de France (pp. 567-579). Rennes : Presses universitaires de Rennes.
  • North (dir.), X. (2007, juin). La langue (r)romani. Langues et cité (9), p. 1.
  • Presber, L. (2007, juin). La langue rromani : indienne, européenne, française. Langues et cité (9), p. 2.
  • Rey (dir.), A. (1994). Dictionnaire historique de la langue française. Paris : Robert.
  • Laplane, Édouard de, Histoire de Sisteron tirée de ses archives, tome I, Laffitte Reprints, 1974, p. 261.
  • Majoie-Le Lous, F. (1998). Connaître les santons de Provence. Jean-Paul Gisserot.