Passeport d’un soldat italien pour Marseille
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Les langues romanes sont les langues dérivées du latin : tel le français ou l’occitan, elles ont évolué à partir du latin de la vie quotidienne de l’Antiquité, et se sont ensuite différenciées en plusieurs langues.

Parmi les principales langues romanes venues d’ailleurs, l’italien occupe une place importante. L’immigration de travailleurs italiens est massive en Provence à partir de la fin du XIXe siècle : en 1911, 25 % de la population de Marseille est italienne.
La plupart des Italiens qui arrivent en France jusqu’à la deuxième partie du XXe siècle ne parlent pas l’italien commun, mais le dialecte de leur région. Ils arrivent par ailleurs dans une Provence où l’on parle encore occitan tous les jours.
Après la Première Guerre mondiale, l’italien émerge comme langue de syndicalisation des travailleurs italiens. Puis, dans les années 1930, l’histoire linguistique des familles italiennes en Provence rejoint ensuite celle des familles d’origine française, qui se francisent :

  • les parents parlent le dialecte, qui se rapproche de l’italien, et pratiquent des parlers mixtes ;
  • les enfants comprennent l’italien mais sont scolarisés en français et pratiquent l’occitan avec les Français ;
  • les enfants de la décennie suivante passent au français, en même temps que les Français d’origine.

Autre langue romane présente en Provence : le corse. Il se serait développé dans l’île à partir du latin de vétérans romains venus du sud de l’Italie. Puis, les liens entre la Corse et l’Italie rapprochent le corse des parlers toscans et gênois. Jusqu’au XIXe siècle, on distingue en corse u parlà à l’ingrandi, la langue des notables imprégnée de termes italiens, et le parler des paysans (i pastori) : l’italien et le corse sont alors perçus comme deux registres d’une même langue.
Une autre division traverse le corse : on distingue un dialecte cismonte « en-deça des montagnes » et un autre pumonte « au-delà des montagnes » (par rapport à la Toscane), le second présentant des analogies avec le sarde, le sicilien ou des parlers du sud de l’Italie.
Dans Total Kheops, Jean-Claude Izzo met en scène différentes langues sur le territoire de Marseille : mais personne ne parle corse dans son roman ! Les Corses sont identifiés à leur accent.

Parmi les autres langues romanes présentes en Provence, notons l’espagnol, le catalan, le portugais et le roumain.


Mots

Les Italiens qui arrivent en Provence au début du XXe siècle parlent souvent le dialecte de leur région et arrivent dans une région où l’on parle encore occitan. Les pratiques linguistiques sont alors très diversifiées et on trouve de nombreux mélanges entre plusieurs langues. Ainsi cet exemple recueilli en 1986 auprès d’un Toscan arrivé à Noves (Bouches-du-Rhône) en 1929 :
« So arrivato, so arrivé, so partit en ventinoù, mill novecentoventinoù  » 
so diminutif dialectal de sono
arrivato en italien, arrivé en français
partit dans une tournure occitane
ventinoù combine l’italien (venti nove) et l’occitan (vint-e-noù)
millnovecento en italien

Parler deux langues
Francesca est née à Palerme, en Sicile. Elle est partie après ses études, pour la Belgique, puis pour la France. Elle est à la recherche d’un lieu où vivre mieux, d’un lieu où le bilinguisme de ses enfants ne serait pas perçu comme un handicap.

Références

  • Bullot (dir.), T. (2009). Formes et normes sociolinguistiques : Ségrégations et discriminations urbaines. Paris : L’Harmattan.
  • Bochmann, K. (2013). Le roumain. Dans G. Kremnitz (dir.), F. Broudic, & collectif HSLF, Histoire sociale des langues de France (pp. 805-809). Rennes : Presses universitaires de Rennes.
  • Giacomo-Marcellesi, M. (2013). Le corse. Dans G. Kremnitz (dir.), F. Broudic, & collectif HSLF, Histoire sociale des langues de France (pp. 465-473). Rennes : Presses universitaires de Rennes.
  • Lagarde, C. (2013). Le catalan, langue d’immigration. Dans G. Kremnitz (dir.), F. Broudic, & collectif HSLF, Histoire sociale des langues de France (pp. 763-768). Rennes : Presses universitaires de Rennes.
  • Lagarde, C. (2013). L’espagnol. Dans G. Kremnitz (dir.), F. Broudic, & collectif HSLF, Histoire sociale des langues de France (pp. 769-775). Rennes : Presses universitaires de Rennes.
  • Pasquini, P. (2013). L’italien. Dans G. Kremnitz (dir.), F. Broudic, & collectif HSLF, Histoire sociale des langues de France (pp. 783-788). Rennes : Presses universitaires de Rennes.
  • Walter, H. (1997). L’aventure des mots français venus d’ailleurs. Paris : Robert Laffont.